Interview BUBBA KEITH



Salut Bubba ! Merci de répondre à cette interview de Road to Jacksonville, le webzine français
consacré au southern rock.

RTJ - Où et quand es-tu né ?


BK - Fort Worth, Texas, le 2 juin 1950

RTJ - Viens-tu d’une famille musicale ?

BK - J'ai été le premier membre de ma famille à poursuivre une carrière musicale

RTJ - As-tu commencé directement par le chant ou par l’apprentissage d’un instrument ?
Quelles ont été tes influences musicales ?

BK - J'ai appris à chanter et à jouer de la guitare par moi-même à 14 ans. Mes influences étaient
les Beatles, Roy Orbison et John Lee Hooker.

RTJ - Je suppose que tu as commencé par jouer dans des groupes au lycée.
Comment s’appelaient-ils ? Quand as-tu décidé de faire de la musique ton métier ?
Professionnellement parlant, quel a été ton premier groupe sérieux ?


BK - J'ai commencé un groupe au lycée quand j'avais 14 ans appelé "The G's" alias
"The Guys". Je savais que j'allais être un musicien professionnel à ce moment-là.

RTJ - Apparemment, tu as intégré le James Gang en 1975. Est-ce exact ?
Était-ce par l’intermédiaire de ton ami le batteur Jimmy Fox ?

BK - J'ai rejoint le James Gang en 1974 et j'ai joué avec eux pendant deux ans. Nous avons
enregistré un album intitulé "Newborn". Richard Shack, qui jouait avec moi dans un groupe qui
s'appelait Uncle Tom, était bon ami avec Dale Peters et Jimmy Fox.

RTJ - Combien de temps es-tu resté avec le James Gang ?

BK - 2 ans.

RTJ - As-tu joué dans d’autres groupes avant d’intégrer Point Blank ? Apparemment, tu as
collaboré avec le duo England Dan and John Ford Coley. Quand était-ce ?


BK - Avant Point Blank, j'ai joué avec des groupes comme Uncle Tom, Shadowjack et, bien sûr,
England Dan et John Ford Coley de 1976 à 1979.

RTJ - England Dan n’était autre que le fameux Dan Seals qui deviendra plus tard une star de la
country music. Quel genre d’homme était-ce ?
As-tu des anecdotes à son sujet ? Es-tu resté en contact avec lui ?


BK - Danny Seals était un gars formidable et j'adorais jouer avec lui. Il adorait la pêche à la
mouche et s'entraînait au lancer sur les parkings de l'hôtel où nous séjournions. Quand Danny a
déménagé à Nashville, nous étions tous les deux très occupés dans nos carrières séparées.

RTJ - Comment as-tu été recruté par Point Blank ?

BK - Ils m'ont contacté par l'intermédiaire de mon ami Wild Bill Randolph (le deuxième
bassiste de Point Blank, qui a succédé à Phillip Petty après les deux premiers albums du
groupe, NdR.) alors qu'il était leur bassiste. Je suis allé à Memphis et j'ai rencontré Bill Ham et
les gars du groupe. Ça a super bien collé.

RTJ - Tu as commencé avec l’album « American Excess » et tu es crédité sur tous les titres.
Écrivais-tu uniquement les paroles ou participais-tu à la composition de la musique ? Est-ce que
le processus de composition au sein de Point Blank était un travail collectif ?


BK - J'ai écrit la musique et les paroles sur certaines chansons, des paroles seulement sur
d'autres et nous avons collaboré en tant que groupe sur le reste.

RTJ - « American excess » est-il l’album de Point Blank qui s’est le mieux vendu ?
Quel est ton avis sur cet album ? La chanson « Nicole » a-t-elle été bien classée dans les charts ?


BK - Je ne sais pas si American Excess était leur album le plus vendu, mais je sais que
beaucoup de gens l'ont vraiment aimé. Je pensais qu'American Excess avait une grande énergie
et de bonnes chansons. Notre chanson Nicole (du nom de ma fille aînée) a grimpé au numéro
38 au Hit-Parade.

RTJ - Est-ce toi qui joue de l’harmonica sur « Cadillac Dragon » ?
En jouais-tu sur scène sur « Mean to your queenie » ?



BK - J'ai joué de l'harmonica sur Cadillac Dragon, et Mean to Your Queenie quand nous l'avons
joué en live.

RTJ - Ta voix collait parfaitement avec les nouveaux morceaux du groupe. Pour les anciens
titres, as-tu eu des difficultés pour les interpréter ? En écoutant des bootlegs de cette époque, on
a l’impression que tu les avais chantés toute ta vie. Es-tu d’accord ?


BK - J'ai adoré chanter nos nouvelles chansons et j'ai vraiment aimé chanter les chansons de
leurs albums précédents. Nous avons toujours passé un super moment à nous produire.

RTJ - « On a roll » s’est orienté résolument vers la FM. Était-ce une volonté du groupe ou de la
maison de disque ou bien de votre manager ?


BK - L'album On A Roll était une progression évidente vers la prochaine étape de notre voyage
musical. Tout le monde a convenu que c'était la bonne chose à faire
.

RTJ - Point Blank a ouvert pour ZZ Top sur sa tournée américaine mais ne l’a pas suivi en
Europe. Pourquoi ? As-tu eu des bonnes relations avec les mecs de ZZ Top ? Avec quels autres
groupes Point Blank a-t-il tourné ?


BK - Je n'étais pas dans le groupe quand ZZ Top est allé en Europe. Nous avons toujours eu de
bonnes relations avec ZZ Top. Point Blank a tourné avec Journey, 38 Special, Molly Hatchet,
Loverboy et d'autres grands groupes également.

RTJ - Selon toi, Bill Ham était-il un bon manager pour Point Blank ? ZZ Top était-il son unique
préoccupation ? N’avait-il pas peur que Point Blank fasse de l’ombre à ZZ Top ?


BK - Bill Ham était le manager de Point Blank et je n'étais pas d'accord avec toutes ses
décisions. Nous avons toujours eu de bonnes relations avec ZZ Top et je ne pense pas qu'il
s'inquiétait que Point Blank surpasse ZZ Top. Nous étions deux groupes avec deux routes
distinctes à parcourir. Je ne connais pas tous les rouages de ce qui s'est passé mais j'ai mes
opinions.

RTJ - Hormis le fait qu’il était un guitariste fabuleux, quel genre d’homme était Rusty Burns ?

BK - Rusty Burns était le genre de gars sur qui vous pouviez compter pour vous soutenir dans
n'importe quelle situation.

RTJ - En 1982, Rusty a été victime d’un grave accident. Était-ce un accident de ski ou de
moto ? Cet accident a-t-il un lien avec l’arrêt de l’activité du groupe ?


BK - En 1982, Rusty a eu un grave accident de parachutisme qui l'a empêché de jouer pendant
longtemps. Mais je ne pense pas que cela ait quelque chose à voir avec le fait que le groupe
pensait que nous devions nous séparer.

RTJ - Certaines rumeurs affirment qu’à la fin, il y a eu une brouille entre Rusty Burns et Kim
Davis. Est-ce vrai ? Si oui, quelle en était la cause ?


BK - Il ne s'agissait pas d'une différence entre Rusty et Kim Davis. Nous avions de sérieux
problèmes d'argent avec Bill Ham.

RTJ - Selon toi, quelles sont les raisons de l’arrêt de Point Blank ?

BK - En raison du problème persistant avec Bill Ham. Rusty et Buzzy ont continué à travailler
avec Bill Hamm, le reste d'entre nous a continué à enregistrer et à jouer en tant que Point Blank
avec un nouveau batteur.

RTJ - Comment les musiciens de Point Blank ont-t-il été dépossédés du nom du groupe ? Peux-
tu nous expliquer les détails de la bataille judiciaire avec Bill Ham ?


BK - Nous avons poursuivi le procès contre Bill Ham pendant un bon moment. Le procès s'est
terminé avec Bill conservant les droits sur le nom de Point Blank et un règlement monétaire en
notre faveur.

RTJ - Quels sont tes pires et tes meilleurs souvenirs avec Point Blank ? As-tu des anecdotes
marquantes de cette époque ?


BK - Mon pire souvenir est quand Kim Davis m'a frappé au visage pour savoir qui allait
conduire la voiture. Mon meilleur souvenir est quand nous sommes retournés à Dallas pour
jouer un concert avec April Wine et que Nicole venait de devenir numéro un à Dallas. Tout le
monde a chanté et nous a fait une ovation enthousiaste pour Nicole. C'était l'anniversaire de ma
mère et je lui ai dédié la chanson en cadeau.

RTJ - Qu’as-tu fait après Point Blank ? Dans quels groupes as-tu joué ?
Es-tu resté en contact avec les anciens membres de Point Blank ?


BK - Après Point Blank, je me suis éloigné de la musique professionnelle. Après un certain
temps, j'ai monté un groupe avec mon ami Ovid Stevens qui jouait avec Seals et Croft ainsi
qu'avec England Dan et John Ford Coley, appelé Seven. J'ai ensuite monté un duo avec un
super guitariste et chanteur qui s'appelle Mike Sauce avec qui je travaille toujours. Je suis resté
en contact avec les gars de Point Blank jusqu'à ce qu'ils soient malheureusement tous décédés.

RTJ - Tu as participé à la mythique réunion de Point Blank en 2005. Pourquoi n’as-tu pas
continué avec le groupe quand celui-ci a repris sa carrière ? L’aurais-tu fait si John O’ Daniel
n’avait pas continué ?


BK - Quand Point Blank a retrouvé John O'Daniel en tant que chanteur, j'ai pensé que c'était la
meilleure chose pour le groupe à ce moment-là. Il était le chanteur original et il était génial. J'ai
juste senti qu'il était temps de faire quelque chose de différent.

RTJ - Sais-tu comment Point Blank et Bill Ham se sont mis d’accord pour la réutilisation du
nom du groupe ?


BK - Je ne sais pas comment ils ont accepté de réutiliser le nom à nouveau.

RTJ - Étais-tu resté en contact avec Kim Davis ? Concernant sa mort, s’agit-il d’un suicide ?
Si oui, en connais-tu les raisons ?


BK - J'ai essayé de rester en contact avec Kim après Point Blank et nous parlions de temps en
temps. C'était très triste quand il est mort. Je ne sais pas avec certitude si c'était un suicide, mais
je sais que c'était une mort très tragique.

RTJ - Es-tu resté en contact avec Rusty Burns ? Rusty est décédé en 2016 mais les
circonstances de ses funérailles sont plutôt étranges. Sais-tu où il a été finalement enterré ?


BK - Je suis resté en contact avec Rusty jusqu'à ce qu'il tombe gravement malade. Lui et sa
petite amie ont déménagé dans le Colorado et personne ne savait comment entrer en contact
avec eux. Je ne pense pas que quiconque sache si ou où il est enterré.

RTJ - Au cours de ta carrière, tu as dû croiser la route de nombreux artistes. Lesquels t’ont le
plus marqué et pourquoi ?


BK - Je me suis amusé avec le James Gang lors de la tournée d'Alice Cooper. Il était tellement
drôle, très professionnel et totalement imprévisible. J'ai aimé tourner avec Journey et regarder
Steve Perry chanter tous les soirs parce que ça m'a époustouflé à chaque fois.

RTJ - As-tu toujours réussi à vivre de la musique ou as-tu été obligé de recourir à un « day job »
(travail alimentaire) ?


BK - J'adorais jouer de la musique, mais la réalité est que parfois la plupart des musiciens, à un
moment donné, ont dû trouver un travail pour survivre.

RTJ - Quel a été ton dernier projet musical ? En as-tu un en préparation ?

BK - Mon dernier projet musical est un duo appelé Bubba With Sauce. Avec moi-même et Mike
Sauce. Nous avons presque terminé notre CD intitulé The Winds of Time avec des chansons
que nous avons écrites ensemble et individuellement. Je l'aime.

RTJ - Comment vois-tu l’avenir pour le rock sudiste ?

BK - En fait, le rock sudiste est toujours bien vivant. Non seulement les groupes originaux
jouent sous une forme ou une autre, mais il existe également des centaines de groupes
hommage.

RTJ - Quels conseils donnerais-tu à un jeune chanteur qui veut se lancer dans le métier ?


BK - Le conseil le plus important que je puisse donner à tout jeune chanteur ou musicien est,
quoi qu'il arrive, de ne pas abandonner. Si c'est votre rêve, n'abandonnez pas. Et ne signez
aucun contrat sans lire et comprendre ce que vous signez.

RTJ - Quel est ton souvenir le plus marquant de toute ta carrière ?

BK - Mon souvenir préféré de ma carrière était au concours de talents de neuvième année (la
première année de lycée, mais qui correspond en France à la classe de Troisième, NdR.) à
Denton, au Texas. C'était la première fois que je savais, d'après la réaction du public, qu'ils
aimaient vraiment mon chant. Rien d'autre ne se rapproche de ce sentiment.

RTJ - Pour finir, une question traditionnelle de Road To Jacksonville. Si tu devais finir ta vie
sur une île déserte, quels sont les cinq albums que tu emmènerais avec toi ?


BK - Les cinq albums que je prendrais sont :

Sgt Pepper’s Lonely Heart’s Club Band (The Beatles, NdR.),
Aretha Franklin’s~Amazing Grace,
Miles Davis~In A Silent Way,
John Lee Hooker~Serve You Right to Suffer, et Steely Dan~Aja

RTJ - Bubba, merci d’avoir répondu à cette interview. Nous te souhaitons le meilleur.
Olivier Aubry


Traduction des réponses : Y. Philippot-Degand


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